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EXCLUSIF. Visas, Renault, économie : entretien avec l’ambassadeur de France en Algérie

Dans cet entretien à TSA, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, fait le bilan de son retour à Alger, évoque la question des visas, des biens mal acquis, l’économie…

EXCLUSIF. Visas, Renault, économie : entretien avec l’ambassadeur de France en Algérie
Exclusif. Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie : « Une nouvelle page doit être écrite ». / DR
Makhlouf Mehenni
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Dans cet entretien exclusif à TSA, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, s’exprime sur son retour à Alger, sa nouvelle mission et la reprise des relations franco-algériennes après près de deux ans de crise inédite.

M. Romatet évoque aussi la question des visas et annonce des mesures, des biens mal acquis, de la reprise des relations économiques entre les deux pays.

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Deux mois après votre retour à Alger, avez-vous repris pleinement vos fonctions ? Ce retour signifie-t-il la fin de la crise ?

Stéphane Romatet. Cela fait deux mois exactement que je suis de retour en Algérie. J’ai retrouvé cette terre d’Algérie et sa population avec un immense bonheur.

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Si je suis revenu ici, c’est pour une raison particulière, c’est à la demande du président de la République pour réengager avec l’Algérie une relation basée sur la confiance. Et mettre fin à cette situation très difficile, très délicate que nous avons traversée au cours des derniers mois avec cette crise qui a été profonde et qui a été très longue.

Je suis revenu en Algérie avec un mandat, avec une volonté, celle du président Emmanuel Macron, celle aussi qui m’a été confirmée dès mon arrivée par le président Abdelmadjid Tebboune, de, en quelque sorte, remettre cette relation sur les rails.

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On aura l’occasion d’expliquer pourquoi. Donc, c’est cela le sens du retour et aujourd’hui, 14 juillet, fête nationale française, c’est aussi l’occasion, en ouvrant les portes de l’ambassade, en recevant tant d’amis algériens, de leur dire qu’une nouvelle page doit maintenant être écrite dans la relation entre la France et l’Algérie.

Dans quelle mesure la relation bilatérale a-t-elle concrètement repris. Y a-t-il encore des blocages ? 

Stéphane Romatet : Cette relation a été gravement affectée et je ne cherche absolument pas à savoir qui est responsable, ce n’est pas ça le sujet.

Le sujet, c’est la volonté que nous avons de part et d’autre, autorités françaises et autorités algériennes, de faire redémarrer cette relation tout simplement parce qu’elle est indispensable.

Parce que nos deux pays ont des liens tellement forts que, tout simplement, la poursuite de cette crise crée des conséquences, des effets notamment sur les populations, et devait absolument prendre fin.

Cette relation a repris en effet, il y a eu beaucoup de visites, de délégations officielles, de responsables politiques français qui sont venus à Alger ; la ministre déléguée aux Armées, le ministre de la Justice… 

Il y a des visites qui ont eu lieu aussi de l’Algérie vers la France et c’est une très bonne chose. La venue du ministre algérien de l’Intérieur Saïd Sayoud, des rencontres aussi entre responsables officiels avec un objectif qui est de faire redémarrer cette relation. 

Cela passe par un certain nombre de reprises de contact, notamment dans les domaines clés de la relation que sont les sujets de la sécurité, de la coopération judiciaire, de la coopération migratoire.

Mais il faut bien prendre en compte le fait qu’ au cours des deux dernières années, au cours de ces derniers mois, les contacts ont été distendus, ils n’ont pas été totalement rompus, mais ils ont été très espacés, très distendus.

Il faut donc recréer ces contacts, il faut faire redémarrer les moteurs de la relation bilatérale, il faut se mettre aussi d’accord avec nos partenaires algériens sur ce que nous pouvons faire ensemble Français et Algériens, dans les mois qui viennent.

Un, qu’on puisse faire redémarrer cette relation, et deux, faire en sorte que les mois qui viennent soient des mois où on rattrape le temps perdu et qu’ils soient des mois utiles pour la confiance retrouvée entre la France et l’Algérie. C’est cela le cadre de cette reprise de la relation. 

Les deux pays ont renoué officiellement le contact en matière de coopération migratoire, sécuritaire et judiciaire. Qu’est-ce qui a été fait dans ces volets, particulièrement en ce qui concerne la question des biens mal acquis ? 

Stéphane Romatet : Ces sujets-là sont évidemment au cœur de la relation d’Etat à Etat entre la France et l’Algérie. La coopération sécuritaire, la coopération judiciaire, la coopération migratoire, et c’est vrai que dans ces domaines, les derniers mois ont fait que la France et l’Algérie avaient suspendu de fait leurs échanges de leur coopération dans ces domaines.

Et donc, la priorité a été de faire redémarrer à nouveau ces échanges, cette coopération, ces contacts entre officiels algériens et officiels français dans ces domaines que sont, en effet, la sécurité, la justice et les questions migratoires. 

Dans le domaine de la sécurité, je citerai juste un exemple parce qu’il est parlant pour tout le monde :  la lutte conjointe contre le narcotrafic. C’est un sujet énorme pour la France, c’est un sujet énorme pour l’Algérie.

Il faut absolument que nous reprenions, c’est le cas, nos coopérations sécuritaires pour que nos forces de police, pour que nos justices aussi, puissent travailler ensemble, tout simplement pour lutter contre ce fléau que représente le narcotrafic, fléau pour la jeunesse de France, fléau pour la jeunesse d’Algérie.

C’est un sujet, mais parmi d’autres. Dans le domaine de la justice, parce que vous l’évoquez, il y a effectivement ce sujet des biens mal acquis.  

Il y a eu de fortes demandes de la part de l’Algérie au cours des années précédentes, la crise a conduit à la suspension de ces coopérations judiciaires, elles doivent impérativement reprendre.  

Ça a été le sens de la visite de notre ministre de la Justice à Alger à la mi-mai, ça a été aussi le sens de la visite en France d’une délégation de hauts magistrats algériens qui s’est rendue à Paris il y a juste un mois et qui a permis effectivement de reprendre les contacts, en particulier sur ces dossiers très sensibles sur lesquels l’Algérie nous demande des résultats, que sont les dossiers des biens mal acquis.

Les restrictions sur les visas sont réclamées par une partie de la classe politique en France comme un levier vis-à-vis de l’Algérie. Où en est le niveau des délivrances, comparativement à avant la crise ? 

Stéphane Romatet : Sur cette question des visas, notre objectif, malgré cette crise que nous avons traversée et dont nous sortons avec l’Algérie, ça a été de faire en sorte que la population n’en subisse pas les conséquences.

 

Parce qu’à partir du moment où vous empêcher un homme d’affaires algérien d’aller en France, d’avoir un visa pour faire du business en France, à partir du moment où une famille algérienne souhaite aller voir ses proches en France mais à des difficultés pour obtenir des visas, alors la conséquence c’est que la population algérienne et directement en quelque sorte impactée par cette crise.

Et même chose aussi, nous avons constaté que pour un certain nombre de Français, c’est devenu plus difficile de venir en Algérie et d’obtenir des visas. Donc notre priorité est de faire en sorte que pour préserver ces liens humains entre la France et l’Algérie c’est que notre politique des visas n’ait pas de conséquences en termes de difficulté pour les Algériens de se rendre en France.  

C’est vrai qu’au cours des derniers mois, nous avons éprouvé des difficultés. Il y avait moins de personnel en charge des visas, c’était beaucoup plus difficile aussi pour les Algériens d’obtenir un rendez-vous.

Notre priorité, et ma priorité depuis mon retour en Algérie, c’est de faire en sorte que nous puissions d’abord remettre à niveau nos réseaux diplomatiques et consulaires, faire en sorte effectivement, avec notamment notre prestataire de service en charge de la collecte des dossiers de visa, que les rendez-vous puissent à nouveau être attribués. 

C’est absolument nécessaire que, effectivement, la population algérienne ne subisse pas ces conséquences. Et aujourd’hui, nous faisons tous les efforts pour que ces difficultés que nous avons rencontrées ces derniers mois soient le plus rapidement possible corrigées.

Peut-on avoir les chiffres ou au moins la tendance des délivrances ? 

Stéphane Romatet : Il y avait avant la crise un volume de délivrance de visas – ces statistiques sont du domaine public, connues et accessibles sur les sites d’information publics français, notamment le site du ministère de l’Intérieur- nous délivrions à peu près 250 000 visas par an à peu près.

C’est vrai que, à cause des difficultés que je viens d’évoquer, ce chiffre a chuté et notre objectif c’est de faire en sorte que ce volume de visas que nous attribuons aux citoyens algériens qui ont toutes les bonnes raisons pour venir en France, puisse redémarrer à la hausse et de revenir probablement au niveau antérieur à la crise.

L’écueil du manque de personnel, mis en avant précédemment par l’ambassade de France, est-il levé ? 

Stéphane Romatet : Effectivement, cette crise a eu aussi des conséquences sur le dispositif diplomatique consulaire français en Algérie, comme elle a aussi des conséquences sur le dispositif diplomatique et consulaire algérien en France.

Mais nous sommes convenus depuis mon retour -ça faisait partie aussi des éléments algériennes- qu’il fallait que nous puissions de part et d’autre, faire en sorte que nos ambassades et nos consulats puissent retrouver les effectifs nécessaires à leurs activités, que ce soit dans le domaine consulaire ou dans toutes les coopérations. 

C’est un sujet que nous sommes en train de discuter pour faire en sorte que dès cet été, l’intégralité des effectifs qui sont nécessaires à l’exercice de nos missions ici en Algérie, puissent être en place.

De même que nous sommes très soucieux de faire en sorte que les Algériens puissent aussi voir leur dispositif, en particulier consulaire, en France en capacité d’exercer la plénitude de ses responsabilités.

L’économie est un autre volet important de la relation. Ça reprend là aussi ?

Stéphane Romatet : Il faut bien avoir en tête que cette crise a eu aussi un impact économique et que nos échanges ont été affectés. Au cours des deux dernières années, le volume des échanges entre l’Algérie et la France a baissé, et dans des proportions significatives, surtout d’ailleurs les exportations de la France vers l’Algérie.  

Là aussi, je crois qu’il y a une force particulière de la relation économique entre la France et l’Algérie, souvent d’ailleurs par le fait que des opérateurs économiques en France cherchant à faire du business avec l’Algérie sont des membres de la diaspora algérienne qui est en France.  

Il y a donc cette particularité, cette dynamique propre de la relation économique entre la France et l’Algérie. Ce qu’il faut c’est, là aussi, faire redémarrer ce moteur de la relation économique. Il y a eu des premiers gestes encourageants positifs et qui montrent que dans ce domaine-là aussi, nous sommes en train de sortir de la crise. 

La venue en Algérie, à la fin du mois d’avril, du président du Medef, l’organisation de patronale française, invité par son homologue algérien, Kamel Moula, président du CREA.

Et le président du Medef a invité Kamel Moula à se rendre à nouveau en France -cela aura lieu dès cet automne-. Et puis, nous avons aussi pu montrer l’importance que revêt cette relation économique à l’occasion de la Foire internationale d’Alger qui a été un grand événement économique.

Les Algériens ont souhaité qu’il y ait une présence économique française importante et nous avons, pour la première fois depuis des années, pu organiser un pavillon français avec une trentaine d’entreprises.

D’ailleurs, je le signale, un des pavillons avec le plus d’entreprises étrangères, c’était le pavillon français. Cela montre aussi le désir, le souci, la volonté des entreprises françaises de retrouver ces liens économiques.

L’Algérie est une terre de promesses, c’est une terre d’investissement et beaucoup d’entreprises françaises s’intéressent évidemment à cette destination Algérie.

 Je pense que le moment est venu, là aussi grâce à toutes ces initiatives, de faire en sorte que ces échanges puissent reprendre et je suis convaincu que là aussi cette dynamique économique est une force très particulière dans la dans la reprise de la relation entre la France et l’Algérie

Pouvez-vous illustrer cette nouvelle dynamique par des exemples concrets ? 

Stéphane Romatet : Il y a eu effectivement, comme je l’ai indiqué, le pavillon français pour la Foire internationale d’Alger, c’était un signal. Il y a, je constate, une demande accrue d’entreprises françaises qui souhaitent venir en Algérie notamment pour faire des prospections de marché et essayer de trouver des partenaires etc. 

Nous avons l’activité de la Chambre de commerce et d’Industrie algéro-française dont le nombre de membres augmente de manière significative, tout simplement parce qu’on voit bien là aussi que la relation économique avec la France compte aussi beaucoup pour nombre d’opérateurs économiques algériens. 

 J’ai évoqué les contacts entre le Medef et le CREA et la volonté que nous avons, et c’est ce que le président du Medef avait indiqué à son homologue Kamel Moula. Après la visite de Kamel Moula à Paris qui aura lieu à l’automne, le Medef reviendra ici, probablement à l’automne, en octobre, en novembre, à la tête d’une plus importante délégation d’entreprises françaises pour montrer tout simplement le potentiel que représente le marché algérien.

Dans le domaine du transport maritime, le président de CMA CGM était en Algérie il y a encore quelques jours. Dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, nous avons une délégation de santé qui va prochainement venir en Algérie.

Dans le domaine alimentaire, dans le domaine de la finance, dans le domaine aussi -j’insiste beaucoup sur cette dimension elle est très importante- de l’innovation et de l’économie digitale. Je suis très frappé de constater qu’il y a aussi beaucoup de jeunes startups ici en Algérie qui souhaitent établir des contacts avec le monde de l’économie digitale en France.

 Il y avait le grand salon qui s’appelle Vivatech avec une forte présence justement de startups algériennes. Tout cela montre qu’il y a beaucoup de choses qui se construisent entre la France et l’Algérie dans ces domaines, y compris dans les domaines d’avenir que sont l’économie digitale, l’intelligence artificielle, la mécanique quantique et, j’insiste beaucoup, les questions de santé. 

Et pour ce qui est du secteur de l’automobile ?

Stéphane Romatet : Il y a un cadre qui a été fixé par le gouvernement algérien s’agissant effectivement de la place des constructeurs automobiles étrangers en Algérie.

Nous constatons qu’il y a une demande très forte de présence de marques françaises sur le marché algérien. Il y a un projet de Renault de rouvrir son usine d’Oran et des discussions sont en cours avec les autorités algériennes, avec le ministère de l’Industrie et nous espérons effectivement que Renault pourra rapidement rouvrir son usine à Oran.

 

Il y a la présence, ne l’oublions pas, de Stellantis. Bien sûr, on voit Fiat mais Stellantis[YG1]  c’est aussi Peugeot. Donc on voit bien que l’Algérie est aussi un marché important pour les constructeurs automobiles français et je pense qu’il y a de la place pour tout le monde.

Quelque chose à ajouter pour conclure ? 

Stéphane Romatet : Je voulais simplement aussi indiquer que, en ce jour du 14 juillet, fête nationale française, c’est un jour important évidemment pour la nation française.

 

Il y avait ce matin le défilé traditionnel avec, cette année, une coloration particulière liée évidemment la situation géopolitique de l’Europe avec une présence des chefs d’État ou de gouvernement de ce qu’on appelle “la coalition des volontaires” destinée à marquer notre soutien pas simplement politique mais également militaire à l’Ukraine face à l’agression russe.  

C’est un point que je voulais souligner. Et puis, l’autre point, c’est évidemment le fait que nous célébrons ici ce 14 juillet à Alger dans un contexte particulier qui est celui de la relance de nos relations, qui est celui de la confiance que nous retrouvons pour faire redémarrer cette relation.

Tout à l’heure, ce sera une belle réception avec une très forte participation algérienne et ce sera en quelque sorte la fête des retrouvailles de la famille franco-algérienne. J’ajoute enfin, et je termine par cela, qu’aujourd’hui est un jour très spécial parce que c’est la demi-finale de la Coupe du monde de football France-Espagne (entretien réalisé mardi 14 juillet). Alors moi, j’ai simplement envie de vous dire : allez les Bleus. 

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