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France – Algérie : quand Bruno Retailleau alimente la controverse

France – Algérie : quand Bruno Retailleau alimente la controverse

Photo par BreizhAtao / Adobe Stock

Le ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau maintient la pression pour engager un bras de fer avec l’Algérie, en utilisant notamment l’affaire Boualem Sansal. Il en fait une affaire personnelle, n’hésitant pas à rappeler son « amitié » avec l’écrivain franco-algérien.

Au lieu d’être rappelé à l’ordre, Bruno Retailleau vient d’être conforté par le Premier ministre. Lundi 24 février, François Bayrou a repris les accusations proférées deux jours plus tôt par son ministre de l’Intérieur après l’attaque au couteau de Mulhouse.

L’affaire est sans surprise saisie par toute la sphère extrémiste pour s’attaquer à l’Algérie dans une campagne où tous les prétextes sont saisis, de l’affaire Boualem Sansal à cette attaque au couteau, en passant par l’histoire des Influenceurs algériens arrêtés début janvier en France. Il n’échappe à personne en effet que la campagne anti-algérienne est antérieure à toutes ces affaires. 

Crise France – Algérie : Bruno Retailleau en première ligne 

L’auteur de l’attaque de Mulhouse, un Algérien, « avait été présenté dix fois aux autorités algériennes pour que son pays d’origine accepte que nous le renvoyions chez lui. Les dix fois, la réponse a été non », a dit François Bayrou lundi au Salon de l’agriculture, brandissant à son tour la menace de mesures qui seraient prises lors d’un conseil interministériel sur l’immigration prévu ce mercredi 26 février. 

Au sein du gouvernement français, la balance semble donc pencher du côté de Bruno Retailleau. L’attaque au couteau commise samedi 22 février par un Algérien à Toulouse était l’aubaine qui lui manquait. 

Dans ses déclarations publiques, le ministre de l’intérieur s’est adonné aux amalgames habituels qui accablent, à chaque acte délictuel, une communauté entière de plusieurs millions d’individus.

Il a plus axé sur la nationalité – algérienne – du suspect que sur les autres aspects du drame, nombreux et plus importants à priori. Retailleau n’a pas manqué non plus l’occasion de réitérer ce qu’il n’a eu de cesse de réclamer depuis son entrée au gouvernement : engager un rapport de force avec l’Algérie. 

Des attaques antérieures à Sansal, aux  OQTF et aux  influenceurs 

Le discours n’est pas nouveau pour celui qui veut s’imposer comme le chef du parti Les Républicains, qui avait déjà pris un virage vers l’extrême droite avec l’élection d’Eric Ciotti à sa tête. L’affaire de l’arrestation en Algérie de l’écrivain Boualem Sansal le 16 novembre dernier, qu’il présente comme son « ami », ou encore le dossier des reconduites aux frontières ne sont que des prétextes supplémentaires dans son argumentaire anti-algérien.  

En septembre dernier, à peine nommé ministre de l’Intérieur, il a proposé un dialogue au Maroc, qui ne fait pourtant pas mieux en matière de laissez-passer consulaires, et un « bras de fer » à l’Algérie qu’il a classée dans la case des « Etats récalcitrants », sans avoir eu le moindre échange ou contact avec ses homologues algériens. 

Au moment où Bruno Retailleau tenait ce discours hostile, l’Algérie n’avait pas encore arrêté Boualem Sansal ni refoulé l’influenceur Doualemn. L’attaque de Mulhouse n’avait pas encore eu lieu. Pour remonter plus loin dans le temps, Retailleau était parti en croisade contre l’accord de 1968 sur l’immigration alors qu’il était encore sénateur. 

Même sans Sanal et les influenceurs, l’Algérie serait de toute façon attaquée. C’est une fatalité dans le nouveau contexte de la politique intérieure française. L’extrême-droite a utilisé l’Algérie pour monter dans les sondages et dans les urnes, non sans succès. Bruno Retailleau en fait de même pour ses propres ambitions. Candidat déclaré à la présidence des Républicains, les sondages le donnent largement vainqueur.  

La stratégie est évidente pour qui suit l’actualité politique française. « Était-ce un ministre de l’Intérieur? Parlait-il en tant que ministre de l’Intérieur on comme candidat à l’élection de la présidence des Républicains ? », s’est interrogé l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin à propos du passage de Bruno Retailleau sur TF1 samedi soir, dans lequel il a estimé qu’ il est temps de « changer de braquet avec l’Algérie ». 

Il se peut même que le ministre de l’intérieur vise la présidentielle de 2027 et il doit pour cela chasser sur le terrain du Rassemblement national (RN). 

Boualem Sansal et l’histoire des ‘« Français de papier » 

En Algérie, des chefs de partis politiques comme Soufiane Djilali dénonce un acharnement contre l’Algérie et les Algériens en France. La question migratoire, et plus particulièrement celle des laissez-passer consulaires, ne concerne pas que l’Algérie. 

Le Maroc est aussi dans la même situation mais il est rarement cité dans le débat public, encore moins par Bruno Retailleau qui ne cache pas son amitié pour le royaume chérifien. Selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, il y a 19 pays avec qui la France a des problèmes pour expulser leurs ressortissants. Curieusement, seule l’Algérie est au box des accusés.

« J’ai demandé aux 19 ambassadeurs, dans les pays où nous avons le plus de difficultés à renvoyer les étrangers en situation irrégulière, à me faire un rapport circonstancié dont je présenterai les résultats ce mercredi au Premier ministre pour que nous puissions prendre des actions vigoureuses », a précisé dimanche le chef de la diplomatie française.

La même chose peut être dite sur « l’humiliation » de la France dont l’Algérie est accusée après son refus d’accueillir un de ses ressortissants expulsé de France en janvier dernier.

La France a subi des affronts bien plus graves ces derniers mois, au Burkina Faso où des agents de la DGSE ont été incarcérés, en Israël où des gendarmes français ont été plaqués au sol, au Niger où l’ambassadeur de France a subi un véritable siège… Dans toutes ces affaires, le mot « humiliation » n’a jamais été utilisé.  

Le courant extrémiste croit tenir dans l’affaire Boualem Sansal la preuve de la mauvaise foi de l’Algérie. A entendre tout le tapage qui est fait en France autour de cette affaire, on ne croirait pas que ce même courant était parti en guerre, il y a quelques mois à l’occasion des élections européennes et législatives, contre les binationaux, particulièrement les franco-algériens, qu’on voulait exclure de certaines fonctions de l’État et qui étaient désignés comme des « français de papier ». 

Or, Boualem Sansal coche toutes les cases pour être classé dans cette catégorie. Il est même un tout nouveau "français de papier" puisqu’il n’a été naturalisé français que depuis quelques mois. Une autre incohérence qui ne s’explique pas sinon par la détermination à en découdre avec l’Algérie en saisissant tous les prétextes, y compris les plus farfelus. 

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