Après avoir annoncé avoir imposé des restrictions sur l’entrée en France aux Algériens porteurs d’un passeport diplomatique, le gouvernement français compte aller vers d’autres mesures, non sans risque de compliquer davantage la crise entre les deux pays.
Pendant ce temps, l’Algérie ne trouve pas d’interlocuteur autre que les voix extrémistes. Invité par le président Tebboune à s’exprimer, Emmanuel Macron se mure dans le silence.
La remise en cause des accords bilatéraux sur l’immigration est brandie, cette fois, par le Premier ministre, François Bayrou en personne. Il cède ainsi à l’aile la plus à droite de son gouvernement, représentée par Bruno Retailleau.
La France veut revoir les accords migratoires avec l’Algérie
Le Premier ministre français a annoncé, ce mercredi 26 février, que son gouvernement souhaite réexaminer la totalité des accords sur l’immigration signés avec l’Algérie.
À l’issue d’un Conseil interministériel consacré à l’immigration, le Premier ministre a déclaré que « la France va demander au gouvernement algérien que soit réexaminée la totalité des accords et la manière dont ces accords sont exécutés ».
« Nous allons donner un mois, six semaines, pour les réexaminer », a-t-il ajouté, sous forme d’ultimatum qui ne dit pas son nom. Bayrou a expliqué que, pendant ce temps, une liste d’urgence de personnes qui doivent retourner en Algérie va être présentée au gouvernement algérien.
« Nous voulons trouver des voies pour que les accords soient respectés. Si ce n’est pas le cas, les avantages particuliers devront être remis en cause. Au bout du chemin, ce sont ces accords qui seront remis en cause », a-t-il dit.
Il s’agit d’une menace directe de remettre en cause lesdits accords, comme le réclament l’extrême-droite et la droite dure, notamment le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.
Accords sur l’immigration : François Bayrou fixe un délai à l’Algérie
Ces accords sont ceux de 1968 sur l’immigration et l’échange de lettres de 2007 entre les chefs de la diplomatie des deux pays portant exemption réciproque de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques.
L’accord franco-algérien de 1968 est particulièrement dans le viseur du courant extrémiste qui le juge avantageux aux ressortissants algériens par rapport à ceux des autres pays, soumis au droit commun.
Cette affirmation est démentie par les faits et par les chiffres. Révisé à trois reprises, l’accord n’est plus qu’une « coquille vide », comme l’a qualifié le président Abdelmadjid Tebboune dans son entretien au quotidien L’Opinion début février.
L’enjeu du maintien ou de la révocation de l’accord de 1968 est plus symbolique. Le premier qui a appelé à sa suppression, l’ancien ambassadeur en Algérie Xavier Driencourt, avait reconnu qu’un tel geste pourrait déboucher sur la situation extrême de rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.
La rupture n’est plus impensable après les événements de ces derniers mois. Reste à savoir ce qui se passera pendant le délai d’un mois et demi fixé par François Bayrou, qui ressemble à un ultimatum.
Or, s’il y a quelque chose qui a compliqué la crise et a éloigné jusque-là la perspective d’un rapprochement, c’est le ton d’une partie de la classe politique française, les menaces et les injonctions de certains personnages, Bruno Retailleau en tête.
Une démarche qui risque d’aggraver la crise
Tout le monde le sait : l’Algérie ne marche pas à l’ultimatum et on voit mal comment la démarche de François Bayrou pourrait aboutir, de surcroît qu’elle a été annoncée publiquement et non par les canaux diplomatiques. C’est aussi le reproche que le gouvernement algérien a fait à son homologue français concernant les mesures de restriction aux porteurs de passeports diplomatiques.
Le dialogue politique est « quasiment rompu », avait constaté le président Tebboune début février. François Bayrou a soutenu ce mercredi que « le gouvernement français n’est pas à la source de la situation qui a été créée », mais il n’a échappé à personne que des attaques insoutenables ont émané et émanent toujours de Paris, y compris du sein du gouvernement où, sur le dossier Algérie, la voix de Bruno Retailleau couvre toutes les autres.
Tebboune a invité Macron à s’exprimer, à faire des déclarations fortes pour sauver la relation, mais il semble qu’il n’a pas été entendu.
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